Séminaires doctoraux

JOURNÉES DOCTORALES 2020 REPORTEES

En raison des mesures sanitaires qui ont été prises par la FWB et par les autorités bruxelloises, tant au niveau de l’enseignement supérieur que des institutions culturelles, nous sommes au regret de reporter sine die nos journées prévues ces 28 et 29 octobre.

Dès que de nouvelles dates auront pu être fixées, nous ne manquerons pas de vous en informer

Journées des doctorant.e.s

Année académique 2020-2021

Coorganisateurs :

École doctorale en Art et sciences de l’art

École doctorale thématique en Études du cinéma et des arts du spectacle

 

En raison des mesures sanitaires dues à la pandémie de Covid-19, les consignes de distanciation physique devront être respectées.

Le nombre de places étant dès lors limité, l’accès à l’une ou aux deux demi-journées ne sera autorisé que sur réservation confirmée, avant le vendredi 23 octobre au plus tard (valerie.carlier@ulb.be)

Remerciements: ULB, Cinematek, FNRS, Académie royale de Belgique

 

Présentation de la recherche artistique et scientifique des doctorant.e.s

Mercredi 28 octobre 2020, au Palais des Académies (salle Baudouin)

Rue Ducale, 1

1000 Bruxelles

14h.-17h30,

  1. Réalisme magique dans la représentation des hommes léopards

Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto (ULB- ENSAV/La Cambre)

  1. Être là et feindre d’être soi

Lucie Szechter (ULg-Erg)

Pause

  1. Vivre avec des êtres mortels. Comment raconter la mort des animaux

Elsa Maury (ULg-Erg)

  1. Identité et création : Quelle est l’influence du bagage culturel de l’auteur sur sa création dans le cinéma iranien ?  Le cas de Massoud Kimiai

Talheh Daryanavard (ULB-INSAS)

Échanges avec Nicolas Wouters, premier cinéaste docteur en Art et sciences de l’art (UCL-ERG)

17h30-18h15

Projection du film La mémoire de Nelly, réalisé par Nicolas Wouters, dans le cadre de son doctorat.

Projection des travaux artistiques des doctorant.e.s

Jeudi 29 octobre 2020, de 9h. à 14h., à la Cinematek

Rue Baron Horta, 9

1000 Bruxelles

  1. Anioto, les hommes léopards : mythes et réalités

Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto (ULB- ENSAV/La Cambre)

Fiche technique :

Genre : Documentaire hybride / Work in progress

Format : Vidéo HD

Durée : 1h30’

Animation : Hervé Mata Taday, Kennedy Nzungu Nzalampangi, Aurélien Labrot, Carlos Kalonji

Montage : Juliette Kergoat

Images : Divita Walusala Dividi, Patrick Dehalu, Nicolas Socquette, Gisèle Haby

Opérateurs son : Junior Kasongo, Michel Kabeya Kalala, Christophe Blitz

  1. L’oreille décollée

Lucie Szechter (ULg-Erg)

Fiche technique :

Date : 2018

Format : DCP – couleur – 1.85

Durée : 56’

Version originale : Français sous-titré anglais

Image principale : Denis Gaubert
Son : Mariette Mathieu Goudier, Saoussen Tatah, Elton Rabineau, Delphine Malaussena, Elisa Thominet
Montage image : Clémence Diard
Montage son : Agathe Poche
Mixage : Antoine Faure
Étalonnage : Julia Mingo
Collaboration à l’écriture : Valérie Mréjen
Musique originale : Frédéric Alvarez
Production : Charlotte Vincent (Aurora Films)

Avec dans leurs propres rôles : François Noudelmann (philosophe), Catherine Bourgain (généticienne), Rami Selinger (chirurgien plastique)

  1. Nous la mangerons, c’est la moindre des choses / Considering the ends

Elsa Maury (ULg-Erg)

Fiche technique :

Genre : Documentaire

Date : 2020

Durée : 67’

Version originale : Français sous-titré anglais

Textes : Nathalie Savalois

Images additionnelles : Martin Flament, Christian Tessier (association Vautours en Baronnies)

Son additionnel : Marc Siffert, Willy Boutet, Galaad Germa, Loïc Villiot

Editing : Pauline Piris-Nury (GSARA), Geoffroy Cernaix (GSARA)

Sound editing : Marc Siffert, Thomas Ferrando

Mixage : François Aubinet

Étalonnage : Mathieu Cauville (Dame Blanche)

Production : Centre Vidéo de Bruxelles – CVB

Producteur exécutif : Cyril Bibas

Assistant de production : Marc Jottard

  1. Moshta

Talheh Daryanavard (ULB-INSAS)

Fiche technique :

Genre : Documentaire

Format :

Date : 2019

Durée : 59’

Image : Julien Lambert

Son : Éric Taryné

Montage : Jérôme Erhart

Montage son : Mathieu Z’graggen

Production : Les Productions du Verger (BE) et Supermouche Productions (FR)

Co-production : Wallonie Image Production (BE)

  1. Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto

Doctorant ULB- ENSAV/La Cambre

Biographie

Opérateur culturel polyvalent, Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto est réalisateur, producteur de films et metteur en scène de théâtre. Pionnier du cinéma d’animation d’Afrique noire, spécialiste de l’animation stop motion, il a contribué à la naissance du cinéma d’animation d’Afrique centrale en réalisant et produisant des œuvres originales ainsi qu’en assurant la formation de professionnels de l’animation. Il crée en 1988 le premier studio mobile d’initiation et de production de films d’animation et en 2004, le festival en milieu rural Caravane de Cinéma mobile pour le Sankuru en République démocratique du Congo (RDC). Il a également travaillé comme animateur à l’initiation à la culture africaine dans les écoles en Belgique ainsi qu’en France.

De 2000 à 2014, avec le concours de l’Union européenne dans le cadre des 8e, 9e et 10e Fonds européens de développement, en tant que chef de projet, il initie, forme, réalise et gère une structure de formation aux métiers du cinéma d’animation au profit des artistes des pays des Grands Lacs. Une dizaine d’œuvres d’animation issues de ces ateliers sont distribuées en Europe et aux États-Unis.

L’histoire de la rencontre entre religions occidentales importées et croyances « autochtones » a été le plus souvent abordée sous l’angle occidental. Pour approcher la thématique dans une perspective croisée entre Belges et Congolais, de 2008 à 2010, il s’est engagé à titre de Chef de projet – Chercheur au Centre de documentation et de recherche pour la religion, la culture et la société / KADOC de la KU Leuven. Il réalise une série documentaire basée sur les sources orales : Réception, perception des conceptions et pratiques religieuses au Congo, au Rwanda et au Burundi entre 1885 et 1960.

Chercheur en arts, au département de Langues et cultures africaines de l’UGent, il mène – avec le Concours de Belspo et de l’Union Européenne – des recherches de terrain en RDC dès 2017 et adapte pour le cinéma documentaire de création et pour le théâtre le procès colonial d’un chef médaillé au Nord-Est du Congo belge en 1933.

Recherche doctorale

Dans la première moitié du xxe siècle, les Occidentaux ont cherché à représenter de manière très négative les Africains. On assiste alors à la construction d’une représentation stéréotypée mêlant la réalité et l’imaginaire. La propagande coloniale autour des rites ésotériques africains a nourri certains artistes et les a incité à perpétuer des représentations dégradantes qui n’honoraient pas les personnes.

Nous sommes en présence, d’une part, de l’imaginaire occidental qui met en avant l’horreur, le caractère sauvage de certains actes et de l’imaginaire africain fondé sur une croyance collective aux forces surnaturelles et à la puissance magique de certains et, d’autre part, de la réalité sociopolitique qui régissait les actions des membres de certaines sectes. Aujourd’hui, la reterritoriaslisation d’une perspective prenant en compte le point de vue congolais offre un regard complémentaire aux sources coloniales.

Se nourrissant de sources diverses, le point focal de notre recherche est le procès d’un chef médaillé, Mbako, accusé de meurtre à la manière du léopard. La reconstitution à la fois théâtrale et documentaire cinématographique hybride interroge le passé. Le volet réflexif se penche sur des exemples de représentation artistique de l’époque coloniale et contemporaine qui soulèvent actuellement de nombreux débats. Notre réflexion artistique vient en appui de la réflexion historique sur la déconstruction des mentalités coloniales.

Notre travail réfère à la conception du réalisme magique des écrivains cubain et congolais Alejo Carpentier et Paul Lomami Tchibamba. Aux confins de l’histoire et du mythe, ces auteurs ont été, par leurs œuvres, porte-parole d’une quête identitaire de la culture noire s’appuyant sur les traditions ancestrales.

Présentation de l’intervention artistique et scientifique

Comment réaliser une œuvre cinématographique et théâtrale sur un sujet historique lorsqu’on ne possède que des archives parcellaires qui font autorité dans la matière ?
Nous avons tenté le pari de réaliser un projet d’adaptation cinématographique et théâtrale du procès des Anioto, Hommes Léopards qui a eu lieu en 1933 à Wamba au Nord-Est du Congo belge. Cette adaptation, basée sur des témoignages de descendants et empreinte de réalisme magique, permet au spectateur de s’imprégner des réalités de l’époque coloniale et de ses imaginaires qui ont tant contribué à l’infériorisation de la culture africaine ainsi qu’au racisme d’aujourd’hui. Le point de départ a été la sculpture de Paul Wissaert, une commande du Ministère des colonies en 1913, exposée au Musée de Tervuren, symbole fort de mise en scène de la représentation du Noir sauvage.

Le challenge était de trouver un équilibre entre les reconstitutions des audiences par les comédiens, les séquences animées, les archives coloniales et les témoignages des descendants de victimes. La représentation des Anioto est un sujet éminemment sensible dans la relecture du passé colonial. Documentaire et pièce participent à la (dé)construction des représentations des imaginaires racistes formatés par la colonisation sur l’Afrique et les Africains.

Artiste, passeur de valeurs constructives dans une société multiculturelle, je propose une approche apaisée de notre histoire commune en ouvrant le débat et en offrant aux médiateurs des outils d’apprentissage sur la colonisation.

  1. Lucie Szechter

Doctorante ULg-Erg

Biographie

Lucie Szechter est réalisatrice et doctorante à l’Université de Liège et l’École de recherche graphique à Bruxelles, mandataire d’une bourse FRESH allouée par le FNRS. Sa thèse est supervisée par Livio Belloï (ULg) et Joanna Lorho (Erg).

Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages dont Plage(s), produit par le Groupe de recherches et d’essais cinématographiques (GREC) en 2014, 27 ans en 2015, et collaboré avec LE BAL à Paris dans le cadre de La Fabrique du regard, elle finalise en 2018 le film L’oreille décollée dans le cadre de sa thèse en recherche-création, produit par Aurora Films avec l’aide du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) et de la région des Pays de la Loire.

Elle a par ailleurs publié les articles et chapitres d’ouvrages suivants : « Le tiers serti : petite réflexion sur Z32 d’Avi Mograbi », Intermédialités, 21 (2013) ; « Le souci du tiers. L’effet de hantise » dans CinémAction, 163 (2017), en collaboration avec Marion Froger (Université de Montréal) ; « Montréal, aller-retour. Réflexions sur la recherche-création en cinéma en contexte universitaire québécois », co-signé avec Camille Bui (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) pour le livre Cinéma à l’Université. Le regard et le geste sous la direction de Frédéric Sojcher et Serge Le Péron (2020). Enfin, un texte sur sa recherche doctorale intitulé « Son propre visage en partage : mise à nu d’un dispositif documentaire à la première personne » est à paraître dans Corps, aux éditions CNRS, pour le numéro Mises en récit et corps souffrant : perspectives croisées, dirigé par Marie Dos Santos, Natasia Hamarat et Silvia Rossi.

Recherche doctorale

Le projet doctoral Son propre visage en partage. Similare (ressembler), simulare (simuler), simultas (être ensemble) et le film documentaire qui s’y rattache, L’oreille décollée, interrogent les enjeux de la ressemblance dans, et au moyen de la pratique de l’autofilmage. « Autofilmage » est entendu au sens large puisqu’il y a autofilmage dès lors que le ou la cinéaste est présent·e à l’écran dans son propre film. Autrement dit, lorsque le filmeur et la personne filmée ne font qu’un.

La ressemblance qui nous intéresse est celle qui unit par un trait physique commun – réel ou fantasmé – deux ou plusieurs individus. Elle est étroitement associée à l’idée de famille et implique un paradigme de l’apparentement selon lequel, ceux qui se ressemblent appartiennent à une même famille et, inversement, les membres d’une même famille sont censés se ressembler [Noudelmann, 2012].

D’une remarque sur les traits d’un nouveau-né dans son berceau à l’interpellation policière pour « délit de faciès », la quête de la ressemblance a souvent servi à assurer des schémas de domination, qu’ils soient restreints au cercle familial – transmission des biens matériels et du patrimoine symbolique de pères en fils – ou à l’échelle d’une société. Passé au crible du détecteur de ressemblance, le visage s’avère le lieu propice à l’union ou à la désunion d’une personne avec une autre, ou avec un groupe.

Ce que révèle également cette quête de ressemblance est la relation qui s’établit à travers elle entre un visage et le regard qui se pose sur lui.  En effet, le moyen le plus usuel de chercher cette ressemblance physique est de regarder un visage puis de le comparer. Du latin visus, le visage désigne « ce qui est vu » [Le Breton, 2003]. Il est le symbole fort de l’individualité tout en étant le premier lieu de socialité où se joue notre rapport à l’autre. L’objectif de cette recherche doctorale est de comprendre les enjeux de cette tension entre ce qu’on présente volontairement et ce que le visage trahit de nous. Quel Autre que nous-même notre visage héberge-t-il en ses traits ? 

Présentation de l’intervention artistique et scientifique

L’intervention portera plus particulièrement sur l’axe « Simulare (simuler) » de la thèse. Nous nous y poserons une question d’ordre à la fois théorique et poïétique : comment donner forme cinématographiquement à cette relation équivoque entre soi et l’autre (soi-même comme un autre) au sein du cadre ?

Simuler, avec ou sans idée de tromperie, n’est-ce pas en partie le rôle de la fiction ? Et par fiction nous entendons, lato sensu, un « produit de l’imagination qui n’a pas de modèle complet dans la réalité » (CNRTL)  et qui englobe avec lui le cinéma, même documentaire. Les choix de mise en scène pour L’oreille décollée, comme ceux mis en place dans d’autres films sur lesquels nous nous pencherons, tendent effectivement vers un cinéma documentaire qui assume d’être aussi un produit de l’imagination. Lorsque les réalisatrices ou les réalisateurs se filment eux-mêmes en assumant un dispositif documentaire qui lorgnerait parfois vers la fiction – le simulacre –, comment donnent-ils forme aux problématiques qui nous préoccupent dans cette thèse ?

  1. Elsa Maury

Doctorante ULg-Erg

Biographie

Plasticienne diplômée à la fois du Master en Narration de l’Erg et du Master d’Expérimentation en Arts Politiques (Sciences-Po Paris), Elsa Maury travaille sur des formes de récits articulés à l’écologie pragmatique (philosophie et anthropologie), avec une attention particulière pour les êtres non-humains. La thèse a été financée par le FNRS (Fresh) avec comme promoteurs Vinciane Despret (Université de Liège) et Fabrizio Terranova (École de recherche graphique).

Recherche doctorale

La recherche doctorale propose, autant dans sa partie écrite que visuelle, de mettre à l’épreuve les manières de raconter les processus (intriqués) de vies et de morts dans le quotidien d’une bergère et son troupeau. L’enjeu est d’explorer les conditions de visibilité de la mise à mort d’animaux d’élevage en proposant d’articuler ce passage à des récits de vie situés. Un travail de terrain et de tournage étalé sur trois ans aux portes des Cévennes (France) auprès de la bergère, son troupeau et l’abattoir a donné lieu au film documentaire Nous la mangerons, c’est la moindre des choses.

Le titre (provisoire) de la thèse est Entre art et ethnographie, raconter et rendre compte de pratiques de vies et de morts (élevage et abattage de moutons). Pour résumer, il s’agit d’élaborer une enquête artistique selon des formes et des temps multiples :

  1. une pratique d’observation de terrain d’une bergère et de son troupeau (avec un focus sur les relations quotidiennes et les attachements) ;
  2. accompagnée d’une étude de la littérature scientifique à propos des modes de relations inter-espèces (et plus spécifiquement des moutons) ;
  3. tout en interrogeant les représentations (modes de visibilité et d’invisibilité) concernant l’abattage des animaux d’élevage ;
  4. il s’agissait de réaliser un film (et donc proposer une certaine dramaturgie) ;
  5. compris lui-même comme une proposition de récit s’inscrivant dans une controverse.

L’enjeu principal de la recherche est de créer un espace de pensée qui traite de nos relations avec des animaux non-humains domestiqués, de la manière la plus située possible ; de complexifier les récits ou représentations à propos des relations entre une éleveuse et ses bêtes, comprenant aussi bien des pratiques de vies que des pratiques de morts.

Présentation de l’intervention artistique et scientifique

La présentation scientifique proposera d’aborder l’importance d’un certain « tournant narratif » dans les sciences humaines et les arts visuels, en regard des enjeux écologiques notamment. Cet ancrage théorique permettra de suivre des effets de récit très concrets par des anecdotes de terrain et des propositions formelles dans le film Nous la mangerons.       L’argument des récits situés et l’importance accordée aux relations inter-espèces dans la manière de représenter et de raconter les morts seront mis en perspective avec des films qui traitent de l’abattage des animaux ou de leur mort.

La présentation artistique aura pour enjeu de montrer le film Nous la mangerons, c’est la moindre des choses.

  1. Talheh Daryanavard

Doctorant ULB-INSAS

Biographie

Né dans le sud de l’Iran en 1969, je suis installé en Belgique depuis 1991 où j’ai effectué mes études supérieures en photographie puis en cinéma. J’enseigne depuis bientôt 20 ans les médias et la communication à l’IHECS, à Bruxelles.

Par ailleurs auteur et réalisateur documentaire, j’ai réalisé en 2019 mon nouveau film Moshta (le piège), volet créatif de ma thèse. Tourné sur mon île natale dans le golfe Persique, il raconte le quotidien de pêcheurs traditionnels qui tentent de se préserver face à la modernisation du pays qui menace leur mode de vie.

Recherche doctorale

Ma recherche doctorale porte sur les liens entre la littérature classique perse (épique et poétique) et le cinéma en Iran. Je m’intéresse à la manière dont le cinéma iranien se définit et est perçu en Iran et en Occident. Cette question a animé ma création tout au long du processus d’écriture et de réalisation de mon film Moshta. En tant qu’auteur iranien faisant un film en Iran, je me suis appliqué à faire un film « iranien » en m’inspirant de la narratologie et de la poésie persane.

Concernant l’influence de la littérature épique, j’ai circonscrit mon analyse au lien entre le Shâh-Nâmeh – « Livre des Rois » – et le filmfârsî.

Le Shâh-Nâmeh est un recueil de récits quasi-mythologiques imprégnés de la religion zoroastrienne qui retrace l’histoire des rois de la Perse depuis la création du monde. Rédigé aux alentours de l’an mil par le poète Ferdowsi, le Shâh-Nâmeh est considéré comme l’œuvre fondatrice de l’identité iranienne et est profondément ancré dans la culture de tout Iranien. Comparable à l’Illiade et à l’Odyssée d’Homère, l’influence du Shâh-Nâmeh touche en Iran toutes les couches de la population, au point qu’on en trouve un exemplaire dans la plupart des foyers, au même titre que le Coran.

Filmfârsî est un genre populaire et a priori de divertissement, aux scénarios souvent faits d’histoires d’amour entre des jeunes filles perdues et des mauvais garçons, de bagarres et de chanson. Le genre a cependant donné naissance à quelques œuvres majeures de l’histoire du cinéma iranien. La particularité du filmfârsî est qu’il fait référence à des récits populaires bien connus des Iraniens. Dans cette partie, je m’intéresserai plus particulièrement à un auteur, Massoud Kimiai, un cinéaste autodidacte issu d’une famille traditionnelle des quartiers populaires de Téhéran.

Présentation de l’intervention artistique et scientifique

Lors de mes études en Belgique, j’ai été très marqué par l’importance donnée à l’analyse formelle et à celle du lien entre l’œuvre et la biographie de son auteur. Ma présentation, intitulée Identité et création, interrogera l’influence que la formation et le bagage culturel de l’auteur peuvent avoir sur sa création, à travers un cinéma et une culture que je connais, ceux d’Iran.

À quelques exceptions près, le cinéma iranien a surtout été abordé par ses dimensions sociale et politique. Ma recherche touche à un autre angle d’analyse, c’est-à-dire son aspect formel, peu étudié en dehors de l’Iran. Je me suis ainsi penché sur les inspirations des auteurs en termes de typologie des personnages, de structure narrative et de rythme.

Le film que j’analyse dans cette présentation est Qyesar (1969), le deuxième long métrage de Massoud Kimiai et son premier grand succès.

L’intervention artistique consistera en la projection de mon film Moshta.

J’ai quitté mon île natale quelques mois après la révolution islamique de 1979. Quand je repense à cette période de ma vie, je revois les reflets dorés de la mer, les bateaux en bois coloré emportant leurs marchandises d’une côte à l’autre du détroit d’Ormuz… Ces images sont ce qu’il me reste de mon enfance passée sur cette île, où notre famille était installée.

À mon retour après plus de 30 ans d’absence, j’ai été frappé par l’impressionnant développement économique de l’île : aujourd’hui, de grandes routes se dessinent à travers le paysage, des centres commerciaux fleurissent aux abords de chaque bourgade et de nombreuses usines ont surgi le long des côtes.

Un seul souvenir subsiste cependant, fragile, au milieu de cette modernité : celui des moshtas, ces énormes pièges à poissons qui s’érigent solitaires sur les plages. On n’y accède qu’à marée basse, après une longue marche, éprouvante, sous le soleil.

Au cours de mes voyages, j’ai constaté l’abandon progressif de ces moshtas ou leur destruction. À leur place s’érigent de vastes complexes industriels ou des chantiers navals. La plupart des pêcheurs ont été contraints de vendre leurs terrains et de se trouver des emplois mal payés et souvent nocifs dans les usines alentour.

C’est ainsi que la dernière image de mon enfance s’évanouit peu à peu, alors que le pays s’ouvre à l’économie libérale et à la mondialisation. Ce projet de film est donc né d’une envie de fixer ces souvenirs. Le temps d’un film, à travers les regards et les situations personnelles de ces pêcheurs, j’interroge les limites et les contradictions du développement économique de mon pays.

 

 

 

 

 

PORN BY NIGHT - Séminaire doctoral

PORN BY NIGHT.

Séminaire doctoral (10 ECTS)

CiASp | Centre de recherche en cinéma et arts spectacle de l’ULB

en collaboration avec l’ED22 Arts du Spectacle et le Cinéma Nova

En 2013, le fameux Cinéma ABC, basé Avenue Emile Jacqmain, ferme ses portes, après plus de quatre décennies de plaisirs érotiques. Le cinéma fut construit en 1971, juste au début des grands jours de l’industrie du porno, qui verra son ascension rapide grâce aux long-métrages projetés en cinémas de ville. New York avait The Deuce (le surnom de le 42e rue entre Broadway et la 8e avenue), Bruxelles son cinéma ABC. L’ABC était un lieu inédit, unique en Europe, où des séquences non-stop de striptease s’alternaient avec des projections de films en 35 mm. Mémoire vivante d’une cartographie urbaine, de la vie nocturne d’un quartier, l’ABC est le témoin privilégié de changements liés à des pratiques cinématographiques, performatives, pornographiques, mais pose également, au-delà des évidences, des questions historiques, sociologiques, urbaines, voire politiques, de par son appartenance à un quartier, voire à une ville en constante reconfiguration.

 

Après sa fermeture, plusieurs acteurs culturels ont tenté de sauver ce patrimoine de la vie nocturne de notre capital, en vain. Aujourd’hui, il nous reste les films (une collection riche de 300 titres), les bandes annonces et les scènes censurées, déposées à la Cinematek, et un fonds de documentation secondaire hébergé au Cinéma Nova. Dans le cadre de ce séminaire, nous aborderons ensemble la question de comment écrire l’histoire d’un lieu, mais aussi de ses usagers, de leurs pratiques et donc de la ville en générale, à la base d’un fonds riche mais partiel qui n’offre qu’un aperçu indirect de l’expérience vécue par les visiteurs. Une fois donc tous les clichés et les stéréotypes dépassés, que faire de l’ABC ? Reconstituer son histoire au-delà de son existence physique dans la ville est indispensable. Mais d’autres enjeux semblent également possibles, s’ouvrant sur de nouvelles dynamiques de recherche. Ce séminaire, au croisement de différentes disciplines, proposera donc de dessiner les possibles axes de recherche pluridisciplinaires à partir notamment des archives sauvegardées de l’ABC (archives papier et filmiques). Mais il s’agira aussi d’établir les enjeux de regards croisés sur un patrimoine foisonnant et complexe qui s’inscrit dans le terrain florissant des porn studies. Celles-ci, au croisement de différents champs scientifiques (pas uniquement en sciences humaines par ailleurs), étudient les représentations sexuelles, les discours qui déterminent notre rapport à la sexualité ainsi que les conditions d’émergence d’autres discours (critiques).

 

Planning du séminaire

6 mars 10h-12h: Introduction aux porn studies par Muriel Andrin ; discussion autour de Hard Core de Linda Williams.

20 Mars 10h-12h: Interventions de Magali Michaux (Master en Genre et autrice du mémoire « A Crash Pad of Our Own : Portrait d’un lieu pornographique ») et de Caroline Merlo (Master en Arts du Spectacle, écriture et analyses cinématographiques, et autrice du mémoire « Cinéma de l’urgence : les captations de performance dans les années 2000 ») : réflexions méthodologiques face aux objets pornographiques

3 avril 10h-12h : visite des archives au Cinéma Nova

24 avril 10h-12h : session de travail 1

8 mai 10h-12h : session de travail 2 + débriefing

 

Ce séminaire est ouvert à tout chercheur/toute chercheuse intéressé.e et pourra être valorisé dans son carnet de parcours doctoral (à condition d’être présent à l’ensemble des séances organisées). Pour y participer, veuillez envoyer un mail aux organisateurs avec votre nom, votre domaine/sujet de recherche ainsi que quelques lignes de motivation indiquant votre intérêt pour ce séminaire.

 

[NB Le séminaire doctoral inter-universitaire 2019 de l’ED en Cinéma et Arts du Spectacle vivant se tiendra au deuxième quadrimestre de l’année académique à l’ULg (contact: Prof. Marc-Emmanuel Mélon, ME.Melon@ulg.ac.be). Ce séminaire inter-universitaire fait partie de la Formation de base (coordonnée par le conseil scientifique de l’EDT). Tout doctorant est tenu d’y participer au moins à deux reprises au cours de sa formation.]

 

Lieu : Maison des Arts, 56 Avenue Jeanne, salle de réception

Coordination : Muriel Andrin (ULB Cinéma) et Karel Vanhaesebrouck (Spectacle vivant)

Contact : muriel.andrin@ulb.ac.be et Karel.vanhaesebrouck@ulb.ac.be

 

Ecole doctorale thématique en cinéma et arts du spectacle : http://edtcas.ulb.be/

Centre de recherche en cinéma et arts du spectacle : https://ciasp.ulb.be/