Lanternes à la fête foraine - 5 & 6 avril 2019

B-magic workshop 3

Artistes itinérants, médiateurs culturels dans l’Europe du 19e et du début du 20e siècle 

Date : 5-6 avril 2019

Lieu : Cinematek, Bruxelles : Rue Baron Horta 9, 1000 Bruxelles – Belgium

Ce symposium explorera le rôle de la lanterne magique dans les spectacles forains itinérants, comme forme de diffusion des connaissances et d’échange culturel au 19e et au début du 20e siècle. Sur les champs de foire, les attractions, les spectacles et les découvertes scientifiques se partageaient la scène. Chaque année, des forains itinérants présentaient avec enthousiasme des nouveautés spectaculaires, allant des physiques amusantes aux spectacles de curiosités, en passant par les théâtres optiques et mécaniques, les musées ethnographiques et d’anatomie, les tours à vélo, les carrousels à vapeur et, enfin, le cinéma. Le divertissement itinérant a donc joué un rôle actif et modernisateur dans la diffusion et la popularisation des valeurs culturelles, du savoir et de la science parmi les masses illettrées. Pendant la Belle Époque en particulier, la foire était présentée comme un « monde condensé » où l’on promettait à la foule de découvrir les derniers miracles de la science et de la technologie. Ces merveilles s’affichaient sur les chevalets des cabinets de curiosités, derrière les fenêtres des musées d’anatomie, ou s’exposaient le long des panoramas peints ou sur les façades des théâtres itinérants. L’intérêt pour le spectaculaire, si caractéristique de ces spectacles, offrait une initiation populaire au monde des sciences naturelles et des sciences humaines. Ce n’est pas un hasard si ces initiations étaient souvent ancrées dans le monde de la magie, les croyances populaires et le spiritisme.

Le caractère ambivalent de la fête foraine tient à son évolution historique. D’une part, la foire ou fête foraine renvoie à d’anciennes traditions de festivités religieuses ou de fêtes de la moisson, organisées en relation avec d’importantes foires commerciales qui marquèrent l’essor du commerce à partir de la fin du Moyen-Âge. D’autre part, nombre des techniques intégrées sont étroitement liées à la révolution industrielle et à sa mécanisation. En Europe, la « Fun Fair » ou « Jahrmarkt » est particulièrement bien ancrée dans les pays d’Europe occidentale, comme la Belgique, la France, l’Allemagne et l’Angleterre. L’apparition des premières fêtes foraines dans le contexte de la modernité industrielle du 19e siècle suivait donc une double logique, combinant anciennes traditions rurales et transformations inhérentes aux révolutions technologiques. Les nouveaux développements scientifiques et technologiques s’intègrent dans des rituels culturels plus anciens, ouvrant la voie à des expériences liminales à mi-chemin entre tradition et progrès.

De nombreux spectacles itinérants de divertissement recouraient à la technologie de la lanterne magique, bien que les annonces dans les journaux et les affiches publicitaires ne le démontrent pas clairement. C’est pourquoi l’utilisation de cette technologie dans les fêtes foraines est restée étonnamment peu étudiée. Pourtant, les artistes itinérants s’appropriaient les dispositifs et technologies optiques qui débarquaient sur le marché du spectacle européen. Ce faisant, ils diffusaient un savoir culturel et contribuaient à un échange d’idées entre les villes européennes et lors des foires annuelles organisées dans des villages ou villes de plus petite taille. Ainsi, en se basant sur les réseaux forains internationaux, ces artistes itinérants importaient et exportaient des techniques, valeurs et idées d’un endroit à l’autre. Ils attiraient souvent des spectateurs qui n’auraient pas pu s’offrir une place dans un théâtre ordinaire. C’était à la foire foraine que les visiteurs pouvaient admirer, souvent pour la première fois, des images de pays lointains ou des représentations des populations locales des colonies. Ils pouvaient également apprécier les démonstrations scientifiques de soi-disant physiciens, chimistes ou astronomes, entremêlées d’expériences surnaturelles. Présentées comme des séances scientifiques, les ombres lumineuses projetées par la lanterne permettaient souvent au public profane d’entrer en contact avec le monde spirituel, l’au-delà ou même des âmes du passé.

Ce symposium s’attachera au rôle des artistes itinérants adeptes de la lanterne en tant que médiateurs culturels dans l’Europe du 19e et du début du 20e siècle. Comment se sont-ils approprié la science et la technologie et comment les ont-ils diffusées auprès d’un public profane ? Comment ont-ils véhiculé des valeurs culturelles, esthétiques et morales à travers les frontières nationales ? Comment ont-ils combiné de plus anciennes traditions visuelles, comme le cabinet de curiosités, avec les nouveaux développements technologiques ? Comment ont-ils contribué à la formation d’une culture visuelle commune en Europe occidentale ? Nous accorderons une attention particulière à la relation complexe, mais bien vivante, entre la science et le rituel, entre le savoir et le surnaturel, entre la connaissance et les croyances. Notre but est de dévoiler comment l’expérience liminale s’imbriquait dans les mondes de la science et du divertissement, et interagissait subtilement avec ces deux univers.

Le programme de ce symposium de deux jours sera alimenté par diverses contributions d’académiciens de renom international, de collectionneurs et de performeurs, réunissant le monde du théâtre, du cinéma des premiers temps et de la culture visuelle de masse, devant un plus large public.

Le symposium proposera également une journée de démonstrations de lanterne magique par des membres de la Magic Lantern Society, une exposition et des projections de films de la collection de la Cinematek, avec un accompagnement musical live.

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Le symposium est organisé par le THEA Joint Research Group et le CiASp Centre de recherche en Cinéma et Arts du Spectacle (Université libre de Bruxelles), en collaboration avec les partenaires du consortium B-Magic.

Le programme complet de ce symposium sera bientôt publié sur ce site. Pour plus d’informations, veuillez contacter Nele Wynants (nele.wynants(a)ulb.ac.be ).